Une conception du potentiel

Potentiel : un terme polysémique.

” Découvrez votre potentiel “, “réveiller votre potentiel “, ” libérer votre potentiel ” ! La liste est longue ou le terme ” potentiel ” est mis en avant par les différents services de coaching ou de relation d’aide en tout genre sans que l’on sache vraiment de quoi il s’agit.

C’est à la fois l’avantage et l’inconvénient des sciences humaines et plus précisément de la psychologie, que de pouvoir user d’un terme pour évoquer une réalité peu définie, car peu définissable, puisque souvent relative à une perception subjective et difficilement mesurable. On pourrait citer d’autres termes dans le même principe possédant une large polysémie et qui de plus se confondent très facilement avec le sens commun : l’intelligence, la sensibilité, le stress…Non pas que ces différents termes ne soient pas définissables de façon précise, mais parce qu’ils sont surtout abordables par de multiples angles de vues pouvant les rendre opaques si on en oublie leur fondement.

Concernant l’intelligence par exemple, on peut très bien faire référence aux travaux de Binet, dans l’idée d’une mesure de l’agilité mentale, définit par la capacité de résoudre un exercice donné au sein d’un groupe fondant une norme. On peut très bien aussi faire référence à l’intelligence comme processus adaptatif, sans parler de ce que l’on nomme aujourd’hui par intelligence émotionnelle qui remanie la définition même de l’intelligence comme processus de la raison contrastant d’avec la vie sensible. Bref, pour toutes ces raisons : dilution dans le sens commun, polysémie, évolution des concepts, il est parfois difficile de s’y retrouver. C’est une des raisons pour lesquelles il me semble important de définir le terme de potentialité en partant d’une source académique.

Le potentiel : une réaction à une stimulation.

Dans sa définition courante, concernant l’individu, le terme potentiel renvoie surtout à des aptitudes au sein de la personnalité qui ne sont pas encore exploitées mais exploitables. On évoque à ce propos les « forces virtuelles » que possèdent un individu. On en déduit qu’il s’agit de forces latentes exigeant d’être cultivées pour se manifester pleinement. L’idée essentielle à retenir est que des forces puissent « sommeiller » au sein de la personnalité, sans aucune information sur les moyens de leur mise en route. C’est la définition des behavioristes qui va nous éclairer sur ce dernier aspect.

En effet, dans le domaine de la psychologie le concept de potentiel a surtout été étudié par les behavioristes (comportementalistes). Ils définissent le potentiel comme un « possible comportement » susceptible de s’actualiser en fonction d’une stimulation appropriée. Cela sous-entend que la stimulation doit-être d’une intensité adaptée (ni trop forte, ni trop faible) pour toucher le seuil de réaction. Sans aller dans les détails de cette hypothèse on peut retenir de façon schématique que le potentiel se manifeste par un comportement en fonction d’une sollicitation possédant un pouvoir de stimulation adéquate. Cette définition propre à la psychologie de l’époque pose deux éléments essentiels : celui de comportement et d’interaction. Par conséquent on peut résumer le potentiel par les forces virtuelles d’un individu s’exprimant par le comportement en fonction de sa relation à son milieu. Ces définitions succinctes soulèvent déjà des points importants.

Le potentiel, couche profonde de la personnalité.

Tout d’abord, cela nous informe sur la structure complexe de la personnalité apparaissant comme un corps renfermant des ressources en devenir et pas encore incarnées. Sous entendue des forces pouvant être endormies si elles ne sont pas intégrées dans le comportement. Cela souligne une certaine mobilité du potentiel par rapport à l’ensemble de la personnalité qui nous amène également à l’envisager comme pouvant être inconscient, ou relayé au second plan de la personnalité. C’est d’ailleurs l’idée véhiculée par les slogans du type « découvrir ou libérer son potentiel » comme s’il se cachait d’un processus de conscientisation naturelle. C’est une des raisons également pour lesquelles la découverte de son potentiel est souvent associée à l’idée de connaissance de soi. Il est donc tout à fait légitime de penser que le potentiel se situe dans les couches profondes de la personnalité.

Cependant, comme nous l’avons vu ce potentiel peut s’éveiller au contact d’une stimulation engendrant ainsi un processus de maturation au sein de la personnalité.

Du potentiel au comportement : un processus de maturation.

En effet, émergeant des couches profondes de la personnalité avant de s’actualiser par un comportement, le potentiel est à considérer comme une « énergie » non socialisée. Non socialisé parce que pas encore suffisamment enrichi par une interaction avec le monde extérieur. Le processus de maturation du potentiel s’étaye donc principalement sur un principe d’interaction avec le milieu.

Ne prenant forme que dans l’expérience et à force d’interaction, il s’exprime à l’origine sur un mode instinctif ou sensible qui sans s’exprimer pleinement par le comportement pourra être ressenti par un élan instinctif ou « une motivation » encore peu définie. Partant d’un élan pulsionnel, le potentiel s’intègrera à la personnalité à force d’interaction, sous la forme de désirs (pulsion qui a trouvé son objet) devenant progressivement dans sa course un besoin conscient alimentant la volonté d’action du comportement. Cet aspect plus ou moins conscient du potentiel qui a besoin de croître pour se définir justifie d’ailleurs l’existence d’outils pour en faire le diagnostic.

Il faut cependant bien distinguer le concept de potentialité d’un autre concept qu’est celui de compétence ou les qualités ont été enrichies par l’interaction. Les compétences sont le résultat d’un vécu, de qualités développées suite à un apprentissage et une expérience, sous-entendu par un effort de socialisation et de conscientisation. Ce n’est pas du tout le cas du potentiel qui est encore à l’état d’énergie non socialisée qui comme nous l’avons vu aura besoin d’être mobilisé pour s’exprimer. C’est donc seulement une fois en interaction, (en réponse à la stimulation du milieu) que le potentiel se développe pouvant engendrer des compétences.

Si nous résumons les qualités spécifiques du potentiel, nous savons qu’il représente une force virtuelle et un comportement possible, qu’il peut se détacher de l’ensemble de la personnalité et être en sommeil, voire niées par la conscience, qu’ il s’exprime sous la forme de désirs et de motivation dans sa forme primaire avant de se développer par l’interaction suivant un processus de maturation.

Par conséquent, cette idée essentielle du potentiel à l’image d’ « une énergie non socialisé » ou d’un « possible comportement » se développant au contact du milieu, nous invite à l’envisager comme une tendance innée de la personnalité.

Le potentiel ou la part « d’inné ».

En effet, de nombreux éléments nous amène à considérer le potentiel comme relevant de l’« inné », entendons par là, l’idée de prédispositions, ou de capacités latentes qui engendrent un comportement au contact du monde extérieur. Par conséquent, sans tomber dans le dilemme insoluble de ce qui relève de l’inné ou de l’acquis au sein de la personnalité, nous définissons simplement l’inné : comme des prédispositions (qualités potentiels) qui se développent ou s’éteignent au contact du monde extérieur.

Prenons quelques exemples issus de la psychophysiologie pour illustrer notre propos. Il est par exemple reconnu chez l’être humain une potentialité, ou des qualités innées pour l’acquisition de la parole correspondant à l’articulation de différentes zones du cerveau. Ces fonctions cognitives du cerveau sont à l’image de qualités potentielles, qui si elles ne sont pas suffisamment irriguées par un contact approprié avec le monde extérieur, ne se développent pas, voire s’atrophient. Ces zones du cerveau sont un matériel biologique inné qui ne s’exprime qu’en fonction d’une rencontre avec le monde extérieur. Cela sous-entend que sans l’aide du milieu l’acquisition du langage n’est pas possible, les fonctions cognitives ne se développent pas. C’est la même logique que l’expression des gènes. L’information qu’ils renferment ne s’exprime qu’en fonction du milieu (endogène et exogène) dans lequel ils se trouvent. Sans milieu stimulant le gène ne s’exprime pas et inversement une stimulation sans réceptacle biologique renfermant un germe d’information ne produit rien. Il en est de même pour les grandes fonctions comme la locomotion, elle se développe en appui sur un matériel biologique…

Le potentiel : une réalité complexe.

Dans le cadre de la personnalité les prédispositions sont plus « subtiles » à identifier que celles permettant l’acquisition de la marche ou de la parole. Il est beaucoup plus difficile d’objectiver « scientifiquement » une dimension qui appartient à la sphère subjective de l’humain.

De plus, comme nous l’avons vu, d’autres composantes propres à la composition du psychisme entre en jeu comme la place inconsciente ou les clivages possibles du potentiel, sans oublier la structure de la personnalité dans lequel il prend corps pouvant complexifier un peu plus son diagnostic.

En ce qui nous concerne, retenons simplement que le potentiel se développe au contact du monde extérieur à travers un processus de maturation, qu’il possède une certaine « mobilité » au sein de la personnalité pouvant s’agglomérer à celle-ci ou s’en « détacher », qu’il est à l’image des qualités innées pouvant rester en sommeil ou au contraire être profondément actif et participer pleinement au développement de la personnalité.

Une définition ouverte.

Il est par ailleurs utile de souligner comme nous l’avons mentionné dans le début de cet article, qu’il n’existe pas une seule définition (dans le cadre de la psychologie) du concept de potentiel et il en va de même pour d’autres concepts comme celui de compétence, du comportement ou bien celui de la personnalité. Ce qui fait la qualité d’une définition c’est son degré de cohérence, alors que ce qui fait sa pertinence c’est la façon dont cette définition s’articule avec d’autres champs théoriques. Par contre ce qui sanctionne et valide la cohérence et la pertinence de la définition est sans aucun doute sa portée pratique. Sans aller plus loin dans ce qui fait la qualité d’une définition, affirmons simplement que le dialogue reste ouvert sur d’autres points de vue du concept de potentiel et que ce qui est écrit dans ce court article n’est qu’un point de départ servant de socle à un approfondissement.

Vers d’autres Horizons.

En effet, cette ébauche de définition concernant le potentiel, peut nous conduire vers plusieurs rebondissements et questions essentielles : comme la nature du potentiel ou comment l’objectiver, mais aussi son lien avec la personnalité et surtout comment l’exploiter. Ces questions cruciales feront l’objet d’autres articles.

Gaël Demeaux.